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L'histoire des grillons du métro parisien commence en 1900. Nul ne sait comment ils sont montés à Paris. Sans doute ont-ils voyagé clandestinement dans des cageots de légumes ou d'épices. Débarqués dans la capitale la plupart de nos grillons meurent de froid. Les survivants squattent les endroits les plus chauds : fournils de boulangers et cuisinières de grands-mères. Enfin un petit groupe découvre la terre promise : le métro parisien. Au ras du sol, entre les rails, règne du fait des frottements des roues un climat quasi tropical. Le ballast, formé de roche éruptive, stocke les calories libérées par les rames. La température entre les rails est de 27 degrés entre 4 et 5 heures du matin, et de 34 degrés entre 18 et 23h.


Grillon du métro
Grillons du métro


À peine plus gros que son cousin des campagnes, le grillon domestique (acheta domesticus), mesurant entre 16 et 20 mm, n’a d’autre particularité apparente que d’être aveugle. Les grillons domestiques (du métro) sont omnivores et se nourissent principalement de miettes, de détritus, de papiers gras, de brins de laine, et même des mégots qui traînent sur les ballasts. Entre deux rames les mâles stridulent pour attirer les femelles. Lorsque celles-ci approchent, les mâles se réunissent entre les rails pour se défier au chant. Ceux qui stridulent le plus fort font fuir les autres. Les grillons en viendront aux pattes si les mauvais chanteurs refusent de décamper. Puis les mâles et les femelles grillons restent là à attendre le métro. Quand la rame arrivera, ils se placeront sous le rhéostat des voitures, là où l'air est le plus brûlant, pour se livrer à leurs ébats romantiques.

Quand on s’aperçut pour la première fois de leur présence dans les souterrains du métro parisien, on ne leur accorda aucune importance. Leur prolifération fut néanmoins si rapide que la municipalité lança un programme pour les détruire jusqu’à ce que quelques scientifiques, qui s’étaient penchés leur son cas pour étudier les moeurs de cette nouvelle espèce, déclarèrent que le grillon du métro parisien était d’une importance majeure dans l’écosystème des galeries. Ils démontrèrent en effet que le grillon, en se nourrissant de tous les déchets qui jonchent les voies et les tunnels, était devenu une sorte “d’éboueur écologique” dont il serait dommage de se passer.

C'est à la station Saint-Augustin qu'ils sont actuellement les plus nombreux et les plus faciles à observer. Ils ne craignent que deux choses : les araignées cracheuses de glu (scytodes) et les grèves qui font refroidir les rails...

Plus tard, forts des résultats des études scientifiques, d’autres formèrent des associations pour protéger le grillon.

Dans les années 80, la direction du métro parisien chercha à tirer parti de cette terrible voracité en favorisant la reproduction des grillons pour en faire le principal nettoyeur des voies. Plus tard, à l’aube des années 90, commencèrent de courir des bruits qui faisaient allusion à une commande de la Ratp aux chercheurs du CNRS qui étudient les moeurs du grillon. Il s’agissait, disait-on, d’un projet qui favoriserait l’émergence d’une espèce de grillon créée en laboratoire, avec les mêmes caractéristiques que celle qui fut découverte à l’origine dans les tunnels du métro, mais plus grosse et plus vorace. Une espèce qui ne serait lâchée qu’à la période des fêtes de fin d’année. En un mot, d’une espèce capable de dévorer les suicidés du métro.





La Ligue de Protection des Grillons du Métro Parisien (LPGMP), association constituée en 1992, comprenant une centaine de membres, se propose de promouvoir l'existence des grillons dans le métro et veille au maintien de leurs conditions de vie. Elle revendique notamment la limitation en durée et en fréquence des grèves qui ont pour effet de faire chuter la température dans les galeries ainsi que l'assouplissement de la loi Evin qui, par l'interdiction de fumer, prive les grillons de mégots, source importante de nourriture.

Pour en savoir plus : http://perso.wanadoo.fr/antoine/lpgmp

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