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| Lundi 12 Mai 2008 |
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L'histoire des grillons du métro parisien commence en 1900. Nul
ne sait comment ils sont montés à Paris. Sans doute ont-ils
voyagé clandestinement dans des cageots de légumes ou d'épices.
Débarqués dans la capitale la plupart de nos grillons meurent
de froid. Les survivants squattent les endroits les plus chauds : fournils
de boulangers et cuisinières de grands-mères. Enfin un petit
groupe découvre la terre promise : le métro parisien. Au
ras du sol, entre les rails, règne du fait des frottements des
roues un climat quasi tropical. Le ballast, formé de roche éruptive,
stocke les calories libérées par les rames. La température
entre les rails est de 27 degrés entre 4 et 5 heures du matin,
et de 34 degrés entre 18 et 23h.
À peine plus gros que son cousin des campagnes, le grillon domestique (acheta domesticus),
mesurant entre 16 et 20 mm, na dautre particularité
apparente que dêtre aveugle. Les
grillons domestiques (du métro) sont omnivores et se nourissent
principalement de miettes, de détritus, de papiers gras, de brins
de laine, et même des mégots qui traînent sur les ballasts.
Entre deux rames les mâles stridulent pour attirer les femelles.
Lorsque celles-ci approchent, les mâles se réunissent entre
les rails pour se défier au chant. Ceux qui stridulent le plus
fort font fuir les autres. Les grillons en viendront aux pattes si les
mauvais chanteurs refusent de décamper. Puis les mâles et
les femelles grillons restent là à attendre le métro.
Quand la rame arrivera, ils se placeront sous le rhéostat des voitures,
là où l'air est le plus brûlant, pour se livrer à
leurs ébats romantiques.
Quand on saperçut pour la première fois de leur présence dans les souterrains
du métro parisien, on ne leur accorda aucune importance. Leur prolifération
fut néanmoins si rapide que la municipalité lança
un programme pour les détruire jusquà ce que quelques
scientifiques, qui sétaient penchés leur son cas pour
étudier les moeurs de cette nouvelle espèce, déclarèrent
que le grillon du métro parisien était dune importance
majeure dans lécosystème des galeries. Ils démontrèrent
en effet que le grillon, en se nourrissant de tous les déchets
qui jonchent les voies et les tunnels, était devenu une sorte déboueur
écologique dont il serait dommage de se passer.
C'est à la station Saint-Augustin qu'ils sont actuellement les plus nombreux et les
plus faciles à observer. Ils ne craignent que deux choses : les
araignées cracheuses de glu (scytodes) et les grèves qui
font refroidir les rails...
Plus tard, forts des résultats des études scientifiques, dautres formèrent
des associations pour protéger le grillon.
Dans les années 80, la direction du métro parisien chercha à tirer parti
de cette terrible voracité en favorisant la reproduction des grillons
pour en faire le principal nettoyeur des voies. Plus tard, à laube
des années 90, commencèrent de courir des bruits qui faisaient
allusion à une commande de la Ratp aux chercheurs du CNRS qui étudient
les moeurs du grillon. Il sagissait, disait-on, dun projet
qui favoriserait lémergence dune espèce de grillon
créée en laboratoire, avec les mêmes caractéristiques
que celle qui fut découverte à lorigine dans les tunnels
du métro, mais plus grosse et plus vorace. Une espèce qui
ne serait lâchée quà la période des fêtes
de fin dannée. En
un mot, dune espèce capable de dévorer les suicidés
du métro.
La Ligue de Protection des Grillons du Métro Parisien (LPGMP), association constituée
en 1992, comprenant une centaine de membres, se propose de promouvoir
l'existence des grillons dans le métro et veille au maintien de
leurs conditions de vie. Elle revendique notamment la limitation en durée
et en fréquence des grèves qui ont pour effet de faire chuter
la température dans les galeries ainsi que l'assouplissement de
la loi Evin qui, par l'interdiction de fumer, prive les grillons de mégots,
source importante de nourriture.
Pour en savoir plus : http://perso.wanadoo.fr/antoine/lpgmp
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